Nicolas Sarkozy a donc perdu. Après la défaite morale, est donc logiquement venue la défaite politique, comme l’avait si bien prédit Henri Guaino.

En 2007, Nicolas Sarkozy, au-delà de ses promesses programmatiques, avait été élu sur une promesse : « quand on veut on peut ». Il aller faire bouger la République, réveiller le pays du statu-quo dans lequel le second mandat de Jacques Chirac l’avait plongé. Et que Dominique de Villepin avait échoué « à prendre ».

Cette promesse d’une République « énergisée », par la seule volonté d’un homme, se complétait d’un engagement de responsabilité. La France aurait à sa tête un président hyper-responsable, qui ne tirerait sa légitimité à exercer le pouvoir – et à être réélu le moment venu – que dans sa réussite.

Enfin, cette promesse était colorée d’une quête de la modernité, qui devait régénérer la République qui deviendrait « irréprochable », en la libérant de ses tabous. Qu’il s’agisse de la pratique du pouvoir en assumant la présidentialisation du régime ; qu’il s’agisse d’expérimenter le communautarisme, de réaffirmer les valeurs fondatrices, y compris chrétiennes, de notre identité nationale ; que de placer les Droits de l’Homme comme l’inspiration première de notre politique extérieure ; que d’accorder l’égalité des droits aux couples homosexuels ; que de briser les archaïsmes du code et du marché du travail, d’un système fiscal jugé confiscatoire ; que de réformer profondément l’État et son organisation territoriale ou de s’engager résolument en faveur du développement durable.

Sur ces trois engagements Nicolas Sarkozy a failli.

L’échec le plus cinglant est certainement sur le « quand on veut on peut ». Non, la volonté seule d’un Nicolas Sarkozy n’aura pas suffi. Ni pour augmenter sensiblement le pouvoir d’achat des Français, ni pour épargner à la France d’être profondément touchée par la crise.

Sur la responsabilité, Nicolas Sarkozy a fait très vite, et chaque jour un peu plus que la veille, la démonstration qu’il était en réalité prêt à tout pour conserver le pouvoir. Soit en ne tenant pas ses engagements, soit en n’ayant pas l’intelligence de reconnaître que la crise les rendaient inopérants, contre productifs ou symboliquement inacceptables, comme par exemple sur le bouclier fiscal.

Sur la modernité qu’il devait insuffler à nos institutions le bilan est à mon avis plus mitigé.

Nicolas Sarkozy aura en effet brisé des tabous, il aura réformé utilement, bien que partiellement, le fonctionnement des institutions. Avec par exemple une réforme constitutionnelle et une pratique de l’ouverture globalement positives. Il aura aussi engagé de nombreuses réformes, tous azimuts, bien que la plupart d’entre elles se soient révélées décevantes, tant elles avaient été sur-vendues par le président de la République.

2009, point de non-retour

Mais ce bilan a priori positif a été annihilé dès les premières heures, par une pratique du pouvoir placée sous le signe du clanisme, dont le point d’orgue fut la funeste affaire de l’EPAD suivie de près par celle de Mme Bettencourt. Si ni l’une ni l’autre ne sont d’une gravité singulière au vu des pratiques anciennes de notre classe politique, elles ont démontré définitivement que notre président se croyait tout permis et qu’il ne valait pas mieux que ses prédécesseurs. Homme du passé donc, avec en plus, une posture « au culot » insupportable tant elle faisait de lui un homme qui démontrait le peu de considération qu’il avait pour ses concitoyens.

Erreur funeste, qui a définitivement enterré le mandat de Nicolas Sarkozy. Alors qu’après la fin de l’état de grâce et les premiers signes de la crise, il avait su, par une présidence remarquable de l’Union européenne, et des élections européennes de juin 2009 remportée par l’UMP, reprendre la main. Face à un PS humilié et un MoDem aux prétentions rabaissées par Daniel Cohn-Bendit.

En quelques mois, tel un sale gosse, Nicolas Sarkozy aura rompu définitivement la confiance qu’il était en passe de rétablir entre lui et les Français.

L’autre étape décisive furent les élections régionales de 2010, où son camp eut la démonstration, qu’en plus d’être engagé dans un bilan de mandature à l’issue incertaine, la mécanique électorale de l’UMP était rompue. Impossible de contrer le PS et ses alliés avec les seules forces de l’UMP, même lorsque celle-ci parvenait en tête au 1er tour. Et accessoirement, ces élections furent également la démonstration qu’un centre trop faible et inféodé à l’UMP comme l’était le Nouveau Centre, n’apportait aucune plus-value électorale à son camp.

A partir de là la fin du mandat de Nicolas Sarkozy n’eut qu’un seul but. Valider une stratégie électorale susceptible d’enrayer cette mécanique de la machine à perdre, qui semblait programmée pour 2012.

Pour cela deux stratégies se présentaient.

La première consistait à recréer une réserve de voix pour l’UMP au centre. Ce qui impliquait d’une part de briser le monolithisme du parti et d’autre part de donner un virage social à la politique gouvernementale, pour tenter de la sortir de la caricature ultra-libérale dans laquelle la gauche tentait de l’enfermer.

La seconde, qui fut entérinée dès l’été 2010 et le discours de Grenoble consistait à s’accrocher coût que coût à la stratégie victorieuse de 2007. Et donc de rallier l’électorat potentiel du Front national, non en lui redonnant un espoir raisonnable, mais en lui offrant des boucs-émissaires pour détourner le cours du fleuve du rejet massif qui se cristallisait sur la personne du président. Une stratégie qui semblait inévitable, tant l’arrivée programmée à la tête du FN de Marine Le Pen pouvait s’avérer désastreuse électoralement pour la droite, si elle ne parvenait pas à contenir sa montée.

Déjà contraint à un grand écart destiné à ne pas couper Nicolas Sarkozy de l’électorat de droite modéré et centriste, cette ligne droitière devait s’accompagner d’une réforme des retraites venant démontrer la capacité intacte de réforme du président, et d’un ralliement à l’orthodoxie budgétaire.

Les cantonales de 2011, puis les sénatoriales, vinrent démontrer l’invalidité de cette stratégie. Elle ne fut pas opérante pour contrer une remontée très sensible du Front national, qui avec Marine Le Pen offrait à nouveau un « original » plus vendeur que la « copie » sarkozyste. Elle ne le fut pas plus pour convaincre les modérés, malgré un MoDem terrassé par son bordélisme et une stratégie électorale illisible, à revenir au bercail sarkozyste. Plus que jamais, Sarkozy restait coincé entre une vague FN et un PS de nouveau solide, restauré par les Français comme une option crédible d’alternance.

Le combat perdu contre l’incrédibilité

Car au fond, ni la droitisation, ni la réforme des retraites, ni le virage austère sur le plan économique, ne venaient fondamentalement combattre le plus grand handicap de Nicolas Sarkozy : son manque de crédibilité. Comme l’a dit plus tard François Bayrou, Sarkozy était depuis longtemps devenu incrédible aux yeux des Français.

Pouvait-il le redevenir ? Je ne le pense pas. Pour deux raisons.

D’abord, parce que son caractère, sa façon de se comporter, l’empêchaient de formuler avec sincérité un profond mea culpa, un inventaire de ses erreurs, qui auraient pu être le fondement d’un nouveau contrat passé avec les Français.

Il ne s’y est finalement plié qu’après son entrée en campagne. Bien trop tardivement pour convaincre qu’il avait véritablement « appris » et « compris ».

Ensuite, parce que la crise économique et ses nombreux épisodes de crise de l’euro ne lui ont pas laissé le temps d’une indispensable œuvre de pédagogie sur son bilan. Pour gagner, Sarkozy aurait dû consacrer au moins les 6 derniers mois de son mandat à expliquer son bilan – loin d’être totalement négatif – aux Français.

C’est à cette double condition, qu’en campagne, Nicolas Sarkozy aurait eu l’opportunité de proposer aux Français un projet s’appuyant sur ses points forts et forts des enseignements tirés des erreurs qu’il aurait reconnues commettre.

Au lieu de cela, Sarkozy s’est retrouvé dans la situation très défavorable de devoir justifier son bilan tout au long de la campagne électorale. Offrant ainsi un angle d’attaque permanent à François Hollande qui n’a eu qu’à répéter un réducteur mais efficace « que ne l’avez-vous fait pendant votre mandat ! ».

Après, le reste de la campagne, gérée en permanence la tête dans le guidon, les yeux rivés sur les sondages, ne fut qu’une succession de réactions défensives auxquelles Sarkozy, avec un art qu’il maîtrise comme personne, faisait passer pour des offensives. Au contraire, il ne fut raisonnable économiquement que pour contrer la montée de Bayrou, radical sur l’Europe et l’immigration que pour contrer Le Pen, contrit et affable que pour contrer la posture de normalité de Hollande.

Quant à son projet, il ne fut construit, comme bien des réformes et débats publics de son mandat, que sur le fondement d’une succession de propositions non structurées. Si ce n’est par leur caractère à la fois transgressif et censé relever d’un bon-sens partagé par une majorité de Français.

Le fruit était donc mûr, bien trop mûr et Hollande n’a gagné qu’en attendant, avec habileté et intelligence que le fruit tombât de l’arbre républicain, seul, de toute son incrédibilité.

Après cinq ans passés sous la bannière d’un centriste réfugié dans la majorité présidentielle de Nicolas Sarkozy, j’ai progressivement délaissé mon blog « historique » au rythme auquel je me suis éloigné de cette majorité. J’ai finalement renouer avec certains de mes lecteurs, et aussi de nombreux militants centristes – ou non – en faisant campagne pour François Bayrou sur twitter.

A nouveau mandat, nouveau blog.

Plus que jamais, la reconstruction d’un centre uni me semble une nécessité pour la vie politique de notre pays. Pour lui apporter cette force modérée et raisonnable, qui place les valeurs et l’intérêt général au dessus du clientélisme et de toutes les formes, malheureusement nombreuses, que peut prendre la démagogie.

Mais aussi parce que la France a besoin d’une force qui se fonde sur les valeurs libérales, pluralistes, républicaines, démocrates, fédéralistes et européennes que seul le Centre porte, avec constance, depuis la Libération.

Plus que jamais, je suis fier de me retrouver dans cette famille politique. Une famille de pensée, qui n’a pas à rougir de son histoire, qui peut être fière des personnalités éminentes qui l’ont incarnée. Parfois au premier plan de la scène politique et plus souvent encore, en pratiquant cette politique déterminée, d’influence et de petits pas, qui a fondé tant de grands projets.

Fidèle à Jean-Louis Bourlanges qui est l’un des rares à n’avoir « trahi » personne, je reste comme lui dans ce qu’il a un jour qualifié de « middle of nowhere ».

Ce mitan des centres, habité de quelques centristes nostalgiques de l’UDF, qui refusent l’aventure illusoire qui consiste à croire possible l’émergence d’une troisième force centrale indépendante, dans un système politique profondément bipolaire.

Ce centre du milieu où l’on retrouve aussi ces mêmes centristes, qui refusent la fatalité d’un centre politique qui ne serait que le supplétif et l’inféodé de l’un des deux partis dominants.